Histoire vraie
L’Age d’or
La vie est formidable. A 24 semaines exactement, me voilà dans ce que les observateurs diplômés appellent un peu pompeusement "l’AGE D’OR DE LA GROSSESSE". Plus de hauts le coeur, plus d’envie subite de piquer un petit somme, le front appuyé sur une pile de dossiers. Ce bébé qui fanfaronne dans mon ventre, je le porte fièrement, à la manière des mamans kangourou.
Et les jeunots de seize ans se décident enfin à céder leur place dans le bus à la bonne citoyenne que je suis, qui s’appête bientôt à offrir à la France un nouveau contribuable. Certes, mon état ne pourrait échapper qu’à un porteur de canne blanche. Mais c’est gentil tout de même. Le bébé qui s’agite fait parfois apparaître un petit pied mignon à la surface de mon abdomen, ce qui émeut beaucoup son papa. Qui lui chuchote des mots tendres, le soir, la tête collée sur mon ventre. "Allô bébé ici papa. Tu me reçois 5 sur 5 ?"
Après bien des hésitations métaphysiques entre le yoga, le REBIRTH, la méditation transcendentale, l’haptonomie, l’ACUPUNCTURE, la gym douce et la gym aquatique, j’ai opté pour la sophrologie. C’est marrant, la sophro. La première chose à apprendre, c’est la respiration. Je sais que les mannequins débutants apprennent à marcher et que certains, pour arriver loin dans la vie, apprennent même à penser. C’est leur problème. Mais moi je pensais que la respiration allait de soi. Erreur fatale. Il faut une bonne dose de concentration pour arriver à inspirer par le nez et expirer par le ventre... Et beaucoup de bonne volonté pour éviter le fou rire.
Hier, en reprenant mon dossier médical, ma gynéco m’a posé une question. Une de ces questions ! "PERIDURALE ou pas ?". Comment grand Dieu pourrais-je savoir ? Je vois déjà ma mamie froncer les sourcils : "Voyons ma fille. Toi, une Delapierre (c’est mon nom de jeune fille) as-tu besoin de te faire anesthésier pour mettre au monde ton enfant ?" Mais je me souviens aussi de ma cousine, l’héroïque Marie-Pierre, qui a voulu accoucher "à la catho" ("Tu enfanteras dans la douleur...") et qui a hurlé pendant 7 heures trente sans discontinuer.
Alors ? Comment pourrais-je savoir ? Comment appréhender une douleur que je n’ai jamais connue, puisque c’est le premier enfant que je vais mettre au monde ?
Je reviens à la maison avec mes doutes et mes questions. Gérard, qui a des dossiers à passer en revue avant sa réunion de demain, hausse les sourcils : "Moi, je la prendrais, la péridurale, affirme le bougre qui aura son bébé sur un plateau d’argent sans avoir enduré la moindre contraction. N’oublie pas que tu es douillette. L’année passée, quand tu t’es enfoncé une écharde dans le pied, tu as passé une demi-heure à hurler." Mais je ne suis pas dupe. Ce conseil, il me le donne probablement pour faire l’économie d’une paire de boules Quiès.
Accueil




