Hilori : "Je ne pourrai jamais donner mon bébé !"
Bonjour, j’ai 29 ans et 5 enfants âgés de 10 ans à 18 mois. J’ai eu une enfance très difficile : battue, violée, enfermée... Mauvaise expérience affective avec les garçons, une mère qui m’a abandonné plusieurs fois, trimballée de droite à gauche... J’ai connu la rue, et j’ai passé 5 ans dans un foyer. Je suis tombée enceinte d’un garçon que j’ai connu là-bas, on est parti dans un appart pourri et je ne voulais pas ça pour mon bébé. Alors je me suis battue, grosse et fatiguée pour passer mon bafa que l’on m’a financé.
Ce bébé, mon bébé, était alors toute ma vie, mon univers. J’ai arrêté de fumer (et le reste), les mauvaises fréquentations pour le protéger et je voulais tout ce qu’il y a de mieux pour lui. J’avais tant besoin de lui donner tout l’amour que je n’ai jamais reçu. A la maternité je ne pouvais même pas le laisser dans son petit lit, il restait tout contre moi... Son père était alcoolique, évidemment, alors je l’ai quitté pour mon fils. Mais j’étais à nouveau enceinte, une petite fille. J’ai fait tout ce que je pouvais pour eux, même si j’ai aussi fait des erreurs.
3 ans après je suis tombée amoureuse, et suis de nouveau tombée enceinte, c’était merveilleux... Et tout s’est écroulé : toxoplasmose, mon homme est parti, sa mère m’a proposé de l’argent pour avorter à l’étranger... Je savais que je serais bien plus malheureuse sans mon bébé, que seule avec trois petits, même sans savoir si mon bébé aurait une vie normale ou non. J’ai refusé l’interruption de grossesse, je savais que je devais écouter mon coeur. Angelo à bientôt 6 ans aujourd’hui et il va bien. Son père regrette maintenant, mais reste très présent pour lui.
J’ai aussi déconné… Il y a eu des périodes difficiles, des rechutes, le moral à plat, etc. Mais quand je voyais mes enfants, je me disais qu’il fallait que tout ça change... Puis j’ai rencontré Seb, je l’aime, il a pris soin de nous tous et on a 2 enfants à nous deux mais les autres sont aussi les siens. On a failli se séparer plusieurs fois, parce que mon passé me rattrape souvent...Mais il est toujours là. Mes plus grands me parlent et demandent souvent ce que j’ai vécu, mes bêtises, mon parcours. Ils savent quelles erreurs j’ai faites avec eux, mais ils me disent « je t’aime maman » tous les jours ! Je leur transmets mes valeurs, je ne veux pas qu’ils grandissent dans l’indifférence.
Aujourd’hui, je vais aider un couple à avoir un bébé. Au début, j’avais très peur. Je me réveillais en sueur, je faisais des cauchemars, je me demandais quelle idée j’avais eue ! Je ne pourrai jamais donner mon bébé ! Le temps a passé, on a construit des liens très forts avec le couple, et à nous quatre on construit une merveilleuse histoire. Les gens me disent que je ne peux pas changer le monde, mais si ! Même si ce n’est que pour une seule personne, si je peux aider à réparer cette injustice, alors je change le monde...
Je ne serai pas seule pendant cette grossesse, la femme que j’aide s’occupe déjà tellement de moi. Ça me fait bizarre d’être autant respectée, de recevoir autant d’attention. Je suis vraiment bien dans ma tête, je sais que c’est leur bébé ; ils font déjà tellement par amour pour lui. Elle veut manger comme moi, prendra de la prolactine pour faire monter le lait et le mettre au sein dès la naissance, lui parler... Je suis sûre aujourd’hui qu’à la naissance il reconnaîtra sa voix, il sentira son odeur en premier, il sera au sein, il la reconnaîtra comme sa mère.
Ce n’est plus un abandon pour moi aujourd’hui, juste un parcours différent pour que ce petit puisse arriver jusqu’à ses parents. Il y déjà tant d’amour pour lui, il saura la vérité, c’est un projet pour toute la vie. Ce qui est fou là dedans, c’est que pour la première fois de ma vie, j’ai fait mon propre choix malgré mes doutes, et j’ai pris enfin ma vie en mains. Je me sens grandie et reconstruite par tout ce que cela m’apporte de bon dans ma vie. Je refais confiance aux êtres humains... Et je ne demande pas un centime pour ce geste. Bien sûre, ils payent les frais que ça engendre car moi je ne peux pas. Mais à part ça rien, car notre aventure n’a pas de prix et m’apporte bien plus que tout l’or du monde.
Hilori
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