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Laetitia : "Ma vie s’est arrêtée ce jour-là"

Nous partagions notre vie depuis 7 ans, nous étions tous deux en dernière année d’études. Nous nous connaissions depuis le lycée, et étions très complices. Notre vie était toute tracée, nous terminions nos études, nous nous marrions, et nous fondions un foyer. Je n’ai appris m’a grossesse qu’à 8 SA. J’en ai pleuré de joie, et j’étais à la fois fière et heureuse de l’annoncer au papa ! Je le rejoins et lui demande donc « tu dirais quoi si je te disais que j’étais enceinte ? » avec un grand sourire, et là, ma vie s’est écroulée. Il m’a répondu le plus sérieusement du monde, sans même me regarder, que si je tombais enceinte, il me quittait. Je lui ai demandé s’il plaisantait, il m’a répondu que non, qu’il ne voulait pas d’enfant qui lui ressemble, il m’a ensuite parlé de son père, mais je n’écoutais déjà plus. J’ai quitté la pièce sans lui dire quoi que ce soit, et j’ai pleuré. Pour moi, ça a été comme un coup de massue. Nous avions souvent parlé de nos futurs enfants, et jamais il ne m’avait dit tout ça. Bien sûr que je voulais faire ma vie avec lui, mais je ne voulais pas non plus ne pas avoir d’enfant. Je pensais faire de nous les plus heureux, mais je me suis trompée.

Le lendemain matin, j’ai pris un RDV chez ma gynéco ; je devais la voir quatre jours plus tard. J’étais complètement perdue, je ne m’arrêtais pas de pleurer, et lui, ne voyait rien. Deux mois plus tard, il allait tout de même devenir psychologue... Le 16 mars 2005, le jour de mes 25 ans, trois jours après avoir découvert ma grossesse, j’ai été prise de violentes douleurs dans le ventre. Mon ami était parti en cours, j’étais toute seule, j’ai donc téléphoné à ma gynéco, qui m’a dit d’aller directement aux urgences maternité. J’ai raccroché, prête à y aller, et là, je me suis effondrée au sol, du sang coulait le long de ma jambe, je savais que je perdais notre bébé et qu’en le perdant, je perdais tout. J’ai quelques problèmes de santé, et on m’avait annoncé de grosses difficultés pour tomber enceinte. Pour moi, ce bébé représentait beaucoup.

Aux urgences gynéco, on m’a installé sur un lit dans une pièce qui en contenait une dizaine, séparés par des rideaux. A côté de moi, il y avait un couple qui attendait de monter en salle de travail. J’étais seule, j’avais mal, et j’étais complètement perdue. Après m’avoir fait une longue écho, on m’a dit que c’était fini, qu’il n’y avait plus aucun mouvement. J’avais un décollement très important. Le jeune médecin me voyant en larme a tenté de me rassurer en me disant que ça arrivait souvent pour les premières grossesses et que de toute façon, j’étais encore jeune... J’ai eu le droit de rentrer chez moi en début de soirée. Je devais y retourner pour vérifier l’évolution de "l’évacuation". J’ai téléphoné à mon ami, lui demandant de passer me prendre. Il est arrivé 20 minutes plus tard, ne m’a pas demandé quoi que ce soit et moi j’étais en larmes.

Arrivés chez nous, je suis allée m’allonger directement, et là, il est arrivé, il m’a lancé un paquet de clopes sur le lit en me disant qu’il avait passé l’après-midi à me chercher un cadeau d’anniversaire, mais qu’il n’avait rien trouvé d’autre. Il ne m’avait toujours rien demandé. Je lui ai demandé de venir me chercher aux urgences gynéco de l’hôpital. Il est venu, et rien. Je ne le reconnaissais plus. Le 20 mars, 4 jours après le début de ma fausse-couche, une semaine après avoir appris ma grossesse, j’ai décidé de le quitter. Selon lui, je l’ai quitté parce qu’il ne m’a offert qu’un paquet de cloppes pour mes 25 ans. Il en était réellement persuadé. Quand je lui ai rappelé tous ces évènements, c’est comme s’il les découvrait.

Aujourd’hui, ça fait 4 ans que nous ne sommes plus ensemble. Nous n’avons aucun contact, car selon lui, je l’ai trahi et j’aurais inventé ma grossesse. Mais je le vis toujours très mal. Je me dis que j’aurais dû être plus directe et plus claire avec lui, et peut-être comprendre ses peurs. Je ne sais pas si nous aurions ou non garder le bébé (même si moi je ne voulais m’en séparer pour rien au monde), mais ce qui me ronge, c’est que je ne parviens pas à refaire pleinement ma vie après ça. Il est maintenant psychologue. Je lui demande ce qu’il dirait si je lui disais que j’étais enceinte, et non, il ne voit rien. Je pars en pleurant suite à sa réponse, et non, toujours rien, et il n’a rien trouvé d’étonnant non plus à venir me chercher aux urgences gynéco... mais c’est à moi que j’en veux le plus. J’avais tellement peur que je n’ai pas osé le lui dire clairement, mais en même temps, c’est vrai qu’il ne faut pas être devin pour le comprendre, surtout que nous nous connaissions parfaitement.

Aujourd’hui je suis en couple, j’ai un magnifique petit garçon de 17 mois qui est en bonne santé, et j’ai encore chaque jour en tête ce moment de ma vie. A vrai dire, je ne l’ai toujours pas accepté. J’ai besoin de savoir, maintenant qu’il a pris du recul, comment lui l’a vécu, pourquoi il a agit comme ça. Mais ça, je ne le saurai jamais, et pour moi, ma vie s’est arrêtée ce jour-là. J’ai pris 30 kilos en 2 ans, j’ai abandonné mes études et mes rêves de carrière en tant que professeur de philosophie, et surtout, je pleure encore chaque jour en repensant à tout cela, au bébé que j’ai perdu, à l’homme que j’ai quitté, et je me sens perdue et vide sans lui. Je m’en veux de ressentir cela et de ne pas réussir à être là pleinement, sans aucune part d’ombre ni aucun fantôme, pour mon mari et mon fils.

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