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Lucie : Je loue mon ventre

J’ai 33 ans. Cela fait maintenant 6 ans que je suis devenue mère porteuse. Jamais je n’aurais pensé que je pourrais faire ce genre de choses. Mais j’ai eu une adolescence difficile et j’ai été en rupture avec mes parents. J’ai fugué plusieurs fois et c’est lors de ma dernière fugue que j’ai rencontré Sébastien, à 16 ans. Il vivait dans la rue et m’impressionnait par sa faculté à survivre dans un univers dur. Ca a été ma première relation sexuelle aussi. J’ai vécu avec lui comme ça, dans la rue et puis, je suis tombée enceinte. Evidemment, on ne se protégeait pas, pas les moyens. Mais on faisait attention. Je n’avais pas pensé que ça pouvait arriver et ça a été la panique totale. Je me suis réveillée un matin et Sébastien n’était plus là, évaporé…sans doute sa manière à lui de me dire qu’il n’assumait pas… sans savoir quoi faire, j’ai dû rentrer chez mes parents. C’était toujours horrible mais j’ai résisté pour mener ma grossesse à terme. Puis j’ai décidé de faire adopter mon enfant. C’est bizarre mais je ne ressentais rien. Je ne voyais pas ce que j’aurais pu lui offrir. Je n’ai jamais regretté cette décision, je pense que cet enfant est sûrement mieux là où il est. Trois ans plus tard, je suis de nouveau tombée enceinte, de nouveau avec un garçon qui n’assurait pas…j’ai avorté.

Un an plus tard, à nouveau je tombe enceinte. Mon copain de l’époque, Marius, un petit délinquant polonais, a, lui, tout de suite vu l’opportunité qu’on pouvait en tirer et l’argent qu’on pouvait se faire. J’allais mal à ce moment-là et je sais que c’était mal mais je n’ai pas réagi, je l’ai laissé faire pour tout, comme une marionnette. Il a trouvé sur internet des parents en demande d’enfants qui étaient prêts à payer pour un bébé. J’ai accouché de manière sordide et je n’ai jamais revu mon bébé. Il l’a vendu pour de l’argent. J’étais totalement anesthésiée, choquée. Marius s’est envolé avec l’argent et je ne l’ai jamais revu non plus. J’ai mis du temps à m’en sortir. J’ai été aidée par une association formidable. J’ai suivi une formation pour devenir auxiliaire de vie. Ca m’a fait du bien de me sentir utile, de me dire que je pouvais servir à quelque chose de bien. Ma vie se stabilisait même si je me sentais toujours différente, « à part ». je n’avais pas vraiment de vie sociale non plus. Et puis, un jour, j’ai vu un reportage à la télé sur les mères porteuses aux Etats-Unis. Ca m’a chamboulée. Ca m’a rappelé mes expériences passées, mes bébés adoptés. A la fois une souffrance mais aussi, je ne sais pas bien comment expliquer mais comme une sorte de « rédemption » : je me suis dit que je pourrais porter l’enfant de couples qui ne pouvaient pas en avoir contre une petite contribution. A cette époque, il faut dire que j’avais quand même des problèmes d’argent et ça m’est apparu comme une solution. Je sais que ça peut paraître étrange mais je me suis tout de suite persuadée uniquement du côté positif de cette décision : j’allais aider des gens en mal d’enfant.

Au début, je ne savais pas trop comment m’y prendre. Alors, j’ai cherché sur internet. C’est fou mais des couples qui cherchent des mères porteuses, il y en a plein ! On ne se rend pas compte…alors j’ai pris contact avec des couples et après plusieurs échanges de mails, j’ai décidé de devenir mère porteuse pour l’un d’entre eux qui m’avait touchée. Alors, voilà. J’ai été inséminée avec le sperme du père. Je suis tombée enceinte, une petite fille. Là, ça a été dur de me dire que je ne devais pas m’attacher à cet enfant. Je voyais souvent A et M, les « futurs parents » qui suivaient de près l’évolution de ma grossesse. Ils étaient aussi angoissés à l’idée que je change d’avis. C’était finalement plus difficile que je ne le pensais. Mais j’ai tenu bon et lorsque la petite est née, ça s’est passé finalement dans la douceur. Les deux parents étaient aux anges. Je me sentais triste mais j’étais heureuse de leur avoir apporté tellement de joie. Curieusement, je n’ai pas pensé un seul instant à l’argent. Depuis, j’ai été mère porteuse une autre fois, encore d’une petite fille. A croire que je ne sais faire que des filles ! Là, je m’apprête à faire de nouvelles démarches pour l’être à nouveau. Je ne sais plus vraiment si je le fais pour l’argent ou pour aider. Tout ce que je peux dire est que ma vie privée est toujours aussi désastreuse affectivement et je crois que je ne me sens tout simplement pas capable d’élever un enfant moi-même. Alors que j’ai découvert une autre dimension en étant enceinte et que ça me plaît d’aider ces gens. Après, oui, ça me rapporte de l’argent mais ce n’est plus ma motivation première. Je crois juste que ça comble finalement un vide dans ma vie.

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