Je m'appelle Marie Laure. Mon mari, Patrice, et moi, nous avons donné le jour à un petit garçon, Paul, le 6 novembre 2000. Si je désire aujourd'hui apporter mon témoignage, c'est parce qu'il pourra aider d'autres parents, et je l'espère, prévenir celles qui pourraient un jour être confrontée à des complications à la suite d'une césarienne.
Enceinte d'un gros bébé, une radiopelvimétrie avait révélé mon bassin "limite". "Limite" ça voulait dire 50% de chances de césarienne. Ayant dépassé le terme de ma grossesse, mon médecin nous a préconisé un déclenchement.
Tout était parti pour le mieux… rendez-vous le lundi matin à 8 h 00 pour donner naissance au bébé dans la journée… il faut avouer que pour un premier enfant, mon mari et moi nous sentions rassurés de pouvoir "prévoir" son arrivée et éviter ainsi les embouteillages, le stress de l'attente…
Donc nous voilà en plein déclenchement… tout se passe bien, les contractions sont "douloureuses", régulières, elles augmentent d'intensité, mais de 8h00 à 13h00 je ne dilate que de deux malheureux centimètres… qui permettront tant bien que mal à la sage femme de percer la poche des eaux, en espérant que la dilatation sera ensuite plus rapide. Cela se présente mal pour un accouchement par voie basse, et bien que tout espoir ne soit pas vain, je décide d'accepter la péridurale autodosée, pensant m'éviter des souffrances en cas de césarienne. Manque de chance, l'anesthésiste quoique très sympathique, doit s'y reprendre à plusieurs fois et me fait souffrir lors de la pose… Avec les effets de l'anesthésie, je retrouve le sourire, mais le verdict de césarienne tombe rapidement : à 15h00 la dilatation n'a pas évoluée. On me prépare donc pour cette césarienne programmée à 16h30.
Mon mari, un peu triste de ne pas pouvoir m'accompagner, se console avec la pensée de découvrir son fils d'ici ½ heure tout au plus.
16h30 : allongée les bras en croix au bloc opératoire, l'anesthésiste m'a injecté la péridurale de césarienne, la "costaud"… Hélas, trop efficace, elle remonte jusque dans mon bras gauche et endort également les muscles de mon diaphragme… pas dangereux mais impressionnant quand même. Pour dire une phrase de 10 mots je dois reprendre mon souffle 2 fois ! Avec l'anesthésiste et 2 infirmières, nous attendons mon médecin.
16h35 : on m'annonce qu'il aura une demi-heure de retard… le travail d'une "collègue" a été plus rapide que prévu et mon médecin doit l'accoucher avant moi. Je prends mon mal en patience… je garde le sourire…jaune pâle, mais sourire quand même.
17h00 arrivée en trombe d'une infirmière dans le bloc.
-"Le bébé de la 8 fait une arythmie cardiaque, elle n'en est qu'à 6 centimètres de dilatation…césarienne d'urgence… vous me dégager madame tout de suite !"
Je n'ai pas vu son regard mais celui de mon anesthésiste, vraiment triste pour moi :
-"Désolé, il faut laisser la place aux urgences !"
Mon sourire est devenu d'un jaune éclatant mais je me console en me disant que si cela arrive à mon bébé, je peux être sûre de leur efficacité. J'insiste pour qu'on dise à mon mari que tout va bien, qu'il ne s'inquiète pas trop.
On m'envoie donc en salle de réveil… faute de mieux. Au milieu des autres anesthésiés, je me vois obligée d'expliquer aux infirmières présentes comment placer le monitoring et comment baisser ou augmenter le son de l'appareil. Même si je peux comprendre qu'on ne peut pas tout savoir, dans la position qu'était la mienne, un peu plus d'attention m'aurait fait du bien. Heureusement, avec l'arrêt de la perfusion du produit déclenchant les contractions, celles ci ont cessé. Petit à petit, les effets de la péridurale disparaissent, et je sens de nouveau mon bébé bouger.
18h45 : ma sage femme qui normalement a terminé son service, vient gentiment me tenir compagnie.
C'est un quart d'heure plus tard qu'enfin on vient me chercher pour le bloc.
19h00 : Bien entendu la première anesthésie passée, on doit m'injecter une nouvelle dose. C'est l'anesthésiste qui cette fois est en retard. Mon médecin est là, on a enfin trouvé les champs et tout le matériel nécessaires. Il faut dire que je suis la 4ème césarienne de l'après midi, et bien que la clinique procède à plus de 1500 accouchements par an, c'est relativement rare. Il n'y avait donc plus de fil n°12 ou n°13 ni de champ machin chose. J'entrevois mon médecin qui s'impatiente sur son tabouret roulant… il est resté très zen et très compréhensif avec moi, mais cette journée a été rude pour tout le monde.
Voilà mon anesthésiste ! Je me dis que dans quelques minutes… dérisoires par rapport au temps que j'ai déjà passé à attendre… mon bébé sera contre moi.
Il m'explique qu'il m'injecte une plus petite dose de produit pour éviter les désagréments de tout à l'heure.
5 minutes plus tard, mon médecin avant de donner le premier coup de bistouri, m'arrose copieusement d'éosine… je sens le tampon et le produit froid sur le bas de mon ventre… une grimace fait comprendre à mon anesthésiste que quelque chose ne va pas.
-"Vous sentez là ?" nouveau coup d'éosine "Oui, c'est froid… et puis je peux bouger les pieds"
-"Attendez 5 minutes "lui dit l'anesthésiste fermement. Il m'injecte de nouveau du produit.
-"Encore 5 minutes s'il vous plaît"
Mon médecin procède au premier coup de bistouri.
Je ne sais pas si j'ai vraiment eu mal, ou si c'est l'accumulation de stress de la journée qui m'a rendue hyper sensible, mais j'ai eu mal.
-"Arrêtez… j'ai mal. Oui ça m'a fait mal."
-"Non, ce n'est pas possible, vous n'avez rien senti." Il continue.
-"Non, j'ai mal !"
-"Mais je ne vous ai pas touchée !"
Des larmes commencent à couler le long de mes joues, l'anesthésiste s'approche de moi…
-"Je vais vous mettre le masque, ça va aller, vous inspirez profondément…"
Je ferme les yeux. Il fait noir, j'ai l'impression que ça tourne, que je ne peux plus respirer… je veux me laisser aller, j'ai l'impression de mourir… mais je me dis "allez respire, respire… pour le bébé, pour Patrice… pense au bébé… vas-y mon chéri sort, c'est l'heure de sortir, je te retrouve tout à l'heure… maman t'aime… respire, respire, tiens bon."
Tout à coup j'ai l'impression qu'on m'arrache quelque chose de la bouche… en fait c'est l'air qui vient d'y rentrer.
-"Réveillez-vous, réveillez-vous, il est né, vous l'entendez, il vient de crier, vous l'avez entendu ?"
Les yeux à demi-ouverts, encore dans le rêve bizarre que je viens de faire, je vois mon anesthésiste. Ses yeux sont plissés : il sourit.
-"je vous ai réveillé quand il est sorti, vous l'avez entendu crier ?"
Je dois réfléchir à ce qu'il vient de me demander… j'essaie de me rappeler ce qui vient de se passer…
Oui… oui je l'ai entendu !
Un sentiment de joie immense m'envahit ! Oui, je l'ai entendu crier ! Je me remets à pleurer, de joie cette fois ci.
Je vois la sage femme s'avancer vers moi, elle a mon bébé dans les bras. Mon bébé que je vois pour la première fois.
-"Regardez comme il est beau… il va bien, tout va très bien"
Je ne peux pas le prendre dans mes bras… ils sont attachés à la table d'opération. Elle colle la joue de mon petit cœur contre ma joue. Ce premier contact charnel est si intense… il le ressent aussi et apaisé, cesse de pleurer. Elle me le retire. J'entends mon médecin lui parler fermement :
-"Non, non ! Encore, laissez le lui plus longtemps !"
Je retrouve la joue de mon bébé quelques instants encore.
"Allez, je l'amène tout de suite à son papa… ne vous inquiétez pas."
Je suis heureuse. J'ai tout oublié… toutes les heures d'attente, la douleur, tout. Mon médecin est en train de me recoudre. Il est 19h40, mon petit Paul est né à 19h35.
Quand mon médecin a eu terminé, il s'approche de moi. Prends ma main encore attachée à la table.
-"Vous voyez tout va bien, ça s'est très bien passé…Vous êtes très courageuse."
Je le regarde et je me mets encore à pleurer… "merci, merci pour tout," je serre sa main dans la mienne très fort et très longtemps. Je n'ai pas pu sortir d'autres mots.
Je ne savais pas que cette phrase qu'il venait de prononcer, il la prononcerait 3 semaines plus tard à nouveau.
Il est 9h45 quand on me ramène enfin dans ma chambre. Je retrouve mon cher époux, je suis heureuse de le revoir, mais je cherche mon bébé… Patrice me dit "Ne t'inquiète pas, je vais le chercher, il est en nurserie. Il est beau, on l'a vraiment réussi." Ses yeux sont pleins de larmes, sa voix chevrotante.
Quand il revient et qu'il me donne enfin mon bébé, après cette nouvelle attente interminable en salle de réveil, je peux enfin le serrer contre moi, l'embrasser… je sais déjà que pour moi il n'y aura pas de baby blues, ce qui me faisait si peur auparavant.
La naissance fut mouvementée, mais Paul se porte bien, je dois rester 7 jours à la maternité. J'ai une voisine de chambre super. Je ne peux pas me lever et elle s'occupe de me donner Paul quand je dois l'allaiter, elle m'apporte un verre d'eau, monte ou abaisse mon lit, me passe le téléphone si besoin. On peut dire que pour ça, j'ai eu de la chance.
2 jours après la césarienne je me suis levée pour la première fois avec l'aide du kiné. La lendemain aussi, et plus facilement. J'ai même fait 3 pas. Le 4ème jour l'envie d'aller aux "vraies" toilettes m'a fait me lever toute seule. Tout le monde, et moi la première, est fier de mes progrès. Le 5ème jour j'ai pu assister au bain du bébé et je le lui ai donné les 2 jours suivants. Les nuits sont difficiles, mais l'allaitement fonctionne bien, mon bébé a bien repris son poids. Il est adorable.
Je suis donc rentrée chez moi, avec mes deux hommes le lundi suivant.
Très anxieux, nous avons appelé le médecin de famille le lendemain, pour vérifier que Paul n'ai pas attrapé un rhume. Mais non…
Il en a profité pour jeter un œil à ma cicatrice… j'avais un peu saigné lundi soir. Il faut dire que j'étais allée faire les courses au supermarché du coin ! J'avais peut être un peu trop forcé. Non tout va bien, elle est très belle, elle fait à peine 3 mm d'épaisseur… je suis un peu enflée au niveau des abdos, mais c'est normal. Je dois juste bien la badigeonner d'éosine tous les jours.
Durant cette première semaine à la maison, mon mari, mon bébé et moi avons appris à vivre ensemble, avons découvert de nouveaux repères… fait tomber les premières angoisses. Et on peut dire que le vendredi nous avions tous les 3 trouvé un rythme de croisière.
Hélas les ennuis ont commencé le samedi.
Le matin, en me levant, j'ai remarqué que mon ventre était moins enflé, mais par contre, que mon pubis avait doublé de volume. La peau était jaune, mais ce n'était pas, d'après mon échelle de douleur, très douloureux.
Dans le doute, j'appelle mon médecin de famille, je lui explique le cas. Il me répond de ne m'inquiéter que si l'hématome devient bleu ou noir. Rassurée, je me repose un peu plus l'après-midi, mais je ne change rien à mes habitudes.
Le soir, en allant aux toilettes, je remarque que l'hématome est devenu bleu. On est samedi, il est 19h30, mon médecin de famille est en week-end, j'appelle donc le médecin de garde. Au téléphone, je lui raconte ma petite histoire, lui fait part de mes angoisses sans savoir si elles sont justifiées ou non.
Pour lui, toujours au téléphone, tout est normal.
C'est à 23h00 qu'il comprendra son erreur. En montant me coucher après une tétée, que l'hématome a percé par la cicatrice de la césarienne. Je me suis vue me vider sans douleur, d'un sang épais et noirâtre. Mon mari, rappelle paniqué, le médecin, qui est arrivé en 5 minutes. Il a rapidement été "rassuré". Un hématome sous-cutané sans gravité. Il va falloir le drainer, puis bien cicatriser. Mais cela nécessite une intervention chirurgicale. Me voilà donc repartie pour la maternité avec mon petit Paul. Moi, en ambulance, lui avec son père et tout le nécessaire dans notre voiture.
Pour moi, il s'agissait de prendre une grosse seringue, d'aspirer tout ça, et puis de rentrer à la maison dans les 2 ou 3 jours.
Je passe la nuit de samedi à dimanche à la maternité, une grosse compresse sur le ventre. Le dimanche, on m'envoie faire une échographie de contrôle. Elle confirme ce que pensait mon médecin : l'hématome qui a percé était sous-cutané, c'était le moins gros. Une hémorragie lente au niveau de la paroi abdominale en a créé un deuxième, beaucoup plus important, environ 300 ml. La bonne nouvelle, c'est que sous la pression, le vaisseau qui saignait s'est résorbé tout seul. La mauvaise nouvelle, c'est qu'il faut installer un drain pour chaque hématome, en fait un seul drain qui se termine en y.
Les drains, ça ressemble à de petites pailles en plastique mou accolées les unes aux autres sur une largeur (pour ma part) de 2 ou 3 cm.
Le chirurgien m'explique tout cela. J'acquiesce de la tête… je garde le sourire… une intervention de plus ne me fait pas peur. Le problème, c'est la guérison. Je devrais rester au moins une semaine à la clinique, le temps, de retirer les drains un petit peu chaque jour. Là, le moral tombe au plus bas. Encore une semaine dans cette chambrette de 9 m2, avec mon bébé à côté… et mon mari de temps en temps. Là c'en est trop, la déprime guette.
Les médecins me voyant pleurer essayent de me remonter le moral, les sages-femmes, les soignantes, les femmes de ménages… tout le monde s'y met ! Mais tout ce que je veux, moi, c'est rentrer chez moi, avec mon bébé, et reprendre ma vie là où je l'avais laissée. Franchement, le sort s'acharne contre nous.
Le lundi, on m'opère donc. Je dois suspendre l'allaitement toute la journée, et mon bébé prend avec son papa son premier biberon. Nous pensons tous deux que ce n'est qu'un passage, alors que plus tard, ka perte de lait occasionnée par le stress ne me permettra qu'un allaitement mixte pendant un mois encore.
Le mardi, on me nettoie la plaie, avec le drain qui sort de mon ventre. Ce n'est pas très douloureux, mais je ne peux pas regarder. Le mercredi comme on me l'avait expliqué, la sage femme a retiré 1 centimètre du drain. Là, je comprends qu'il ne sera pas question de sortir avant le mercredi de la semaine suivante, et de nouveau, je déprime.
La maternité, c'est sympa… on y met au monde des bébés… la plupart du temps tout le monde va bien, les gens sont heureux. Pour moi, c'est dur de retourner au point de départ, de reprendre de nouveaux repères. Mon bébé a perdu les siens. En fait sa première nuit (6 heures de sommeil non-stop) il l'a faite la nuit du samedi au dimanche.
Je ne savais pas qu'il nous faudrait attendre l'anniversaire de ses 3 mois pour enfin nous aussi, dormir 6 heures d'affilée.
En fait à quatre mois passés, il se réveille encore souvent à 3h du matin… heure à laquelle les nouveau-nés de la nurserie se réveillaient pour la tétée.
Car la vie dans une maternité n'est pas de tout repos : à 6h, 6h30, on me ramène mon petit cœur pour sa première tétée. En suivant, arrive la sage femme pour la température, et dans mon cas, l'infirmier pour la prise de sang (à cause de l'anémie causée par l'hémorragie). Ensuite c'est le petit déj'. Puis, la tension. Les femmes de ménage, souvent avec les soins. Enfin, je peux aller donner le bain. Il est déjà midi : plateau repas puis la visite de mon médecin accoucheur et du chirurgien, les 5 premiers jours, l'anesthésiste vient me voir aussi.
L'après midi est plus calme. Seules les sages femmes pour les soins et la soignante pour la tension viennent me rendre une petite visite. Arrive le repas du soir. On vient chercher Paul pour la nuit à la nurserie vers 11h du soir… pour me le ramener dans le meilleur des cas à 3h00.
En tout, j'ai passé 12 jours supplémentaires à la maternité, et revenue chez moi, j'ai eu des soins à domicile pendant encore 15 jours.
On peut dire que le personnel de la clinique a été présent et très compréhensif lors de mon deuxième séjour. Heureusement. Je n'en veux ni à l'un ni à l'autre du déroulement de l'accouchement et des suites. Je ne sais pas si cela aurait pu être évité. Je regrette que le premier mois de vie de mon fils ait été empreint de stress et de déprime… mais il faut avouer que lorsqu'on commence comme ça, ça ne peut que s'arranger par la suite. On apprécie chaque petit instant de bonheur et de quiétude, on remarque chaque petit progrès.
Si j'avais su quelle était la douleur à laquelle je devais m'attendre après la césarienne, si j'avais su comment devait évoluer la cicatrisation, j'aurais probablement évité beaucoup de désagréments. Alors, de retour chez vous, si vous sentez quelque chose d'anormal, même si cela vous paraît dérisoire, j'insiste, allez voir votre médecin, persévérez s'il n'est pas chaud pour venir vous voir… bref, c'est votre sentiment qui est le plus important. Si j'avais écouté mon instinct, j'aurais su que quelque chose n'allait pas.
Aujourd'hui, notre famille s'est redécouverte, nous avons de nouveau nos repères, et on repense à tout ça avec un recul suffisant pour en sourire parfois. Comme toujours, tout n'est pas rose, mais tout est normal.