Histoire vraie
Etats d’âme et cassoulet
Mais comment font-elles ? Ces futures mamans radieuses que l’on voit dans les magazines ? Pimpantes et délicieuses, un petit ventre coquet joliment souligné par une ceinture aux hanches ?
A douze semaines de grossesse seulement, avec les pieds et les jambes qui gonflent, avec déjà sept satanés KILOS en plus, les cheveux en bataille et la mine harassée, j’enrage. Contre cette image d’Epinal destinée à nous faire repeupler la France entière : celle de la primipare sexy en minirobe lycra, efficace au boulot et dont les rondeurs émouvantes affriolent et attendrissent le compagnon et futur papa. A d’autres. Mon homme à moi s’appelle Gérard. Et à 18 heures trente, ce n’est pas un sex-symbol tricotant des chaussons en laine rose qu’il retrouve dans son salon. Mais une future maman épuisée, affalée dans le canapé, les jambes surélevées par un coussin pour éviter les problèmes de CIRCULATION VEINEUSE. J’ai remisé au placard mes escarpins à TALONS HAUTS ; mes petons hypertrophiés ne supportent que des pantoufles informes. Pour la séduction, vous repasserez. Dans six mois.
Quant à mon boulot, parlons-en. "C’est une très bonne nouvelle et je vous félicite" m’a congratulé Big Boss. Sans s’imaginer un seul instant que ma grossesse allait être autre chose que neuf mois de béatitude complète. Depuis trois semaines, je connais les affres des NAUSEES matinales. C’est à dire que j’arrive généralement au boulot le coeur à l’envers, comme après une traversée de la Manche par gros temps. Et l’après-midi, après le déjeuner, il me prend souvent l’envie irrésistible de piquer un petit somme...
Va-t-on un jour accorder le droit à la sieste aux futures mamans épuisées ? J’en doute. La mode est aux superwomen. Et de quel droit avouerais-je ma fatigue à mon Boss ? Lui dont la secrétaire particulière a perdu ses eaux en apportant le dossier Dutranois en salle de réunion ?
Mais ne vous méprenez pas. A 27 ans et avec mes sept kilos de ventre prometteur, je suis la plus heureuse des femmes. Et je vis une époque formidable : celle où l’on peut contempler sur écran sa future progéniture.
Certes la qualité de l’image laisse à désirer. Elle ressemble peu ou prou aux programmes de notre Canal+ sans décodeur : un brouillard épais. Ecran à travers lequel l’on distingue, tout de même, un adorable petit têtard de trois centimètres qui contient tous les espoirs du monde. Un vrai miracle, diffusé en direct devant des téléspectateurs attendris : le futur papa qui me tient la main et une presque trentenaire déjà amourachée de l’enfant à venir. Qui poussera son premier cri dans vingt-quatre semaines à peu près.
C’est bel et bien l’événement le plus important depuis que l’homme a marché sur la lune. Lorsque j’y pense, je ne me tiens plus de joie. Et j’oublie que les ados d’aujourd’hui ne sont même pas fichus de céder leur place dans le bus aux futures parturientes. J’oublie aussi qu’il est loin le temps où, dans une file de supermarché, on laissait passer les femmes enceintes.
Epanouie et heureuse, j’attends le moment divin où le petit d’homme me gratifiera de son PREMIER COUP DE PIED.
Pour notre bonheur à tous les deux, je m’accorde des petits caprices. Les "ENVIES DE FEMME ENCEINTE" sont faites pour y succomber. C’est délicieux. Certaines donnent dans le caprice chic, genre huîtres ou caviar. Moi, mon genre, ce serait plutôt le cassoulet. En boîte en plein mois d’août ? Oui. Et après ?
Toute à la conscience que mon foetus adoré capte les sons dans le doux clapotis du liquide amniotique, je lui passe mes CD préférés. Ce serait dommage de le priver de ce passe-temps qui l’ouvre au monde merveilleux des harmonies musicales. Après tout, la vie intra-utérine manque de péripéties. Qu’a-t-il d’autre à faire que se laisser pousser les organes, cet adorable petit chou ? Certes. Mais voilà que je m’interroge sur ses goûts. Préfère-t-il Mozart, les Beatles, ou Eros Ramazotti ?
Accueil




