Florine : « Je n’aime pas mon fils »
C’est difficile pour moi de faire ce témoignage et en même temps, c’est comme une délivrance d’en parler tellement je souffre de cette situation.
Mon fils Corentin est né il y a 2 ans et depuis ma vie n’est plus la même. Je n’ai jamais particulièrement imaginé avoir des enfants. J’y pensais bien sûr, mais comme quelque chose de lointain. Mais quand je me suis mariée avec Jérôme, la question est venue sur le tapis après quelques mois, bien que nous n’en ayons jamais vraiment parlé avant. Je n’ai pas été particulièrement enthousiaste mais ne lui ai pas montré. Lui en avait tellement envie ! Alors, j’ai arrêté la pilule.
Trois mois après, j’étais enceinte. J’ai détesté être enceinte, voir mon corps se transformer, avoir des nausées… je me sentais mal dans mon corps, pas séduisante, lourde, empotée, fatiguée, bref, la grossesse a été horrible à vivre pour moi. Je me trouvais plaintive et irritante : exactement le genre de comportement que je détestais chez mes amies enceintes ! Alors que Jérôme lui était complètement fou de joie.
L’accouchement a été tout aussi horrible. Je n’étais évidemment pas dans un état d’esprit positif par rapport à ma grossesse mais ça m’a paru interminable de longueur et de douleur. Et quand Corentin est né, je n’ai rien ressenti. C’était ça le pire. J’imaginais que je ressentirais évidemment enfin ce fameux amour maternel quand je serrerais mon enfant contre moi mais non. Rien. J’ai fait de mon mieux pour essayer de créer un lien avec mon fils les jours qui ont suivi mais je n’y arrivais pas : il pleurait tout le temps, il était difficile, l’allaitement me faisait mal, je ne savais pas comment réagir, j’avais l’impression que je m’y prenais mal, j’étais fatiguée…
Heureusement Jérôme m’aidait beaucoup, était super patient. Mais quand il a repris le travail, j’ai sombré, j’étais dépassée, déprimée et seule toute la journée avec ce petit être que je ne comprenais pas, qui pleurait tout le temps. Je n’en pouvais tellement plus qu’il y a des jours où j’ai imaginé le jeter par la fenêtre ou l’étouffer. Je sais, c’est inimaginable mais j’étais tellement désespérée. Je ne ressentais toujours rien et la culpabilité me rongeait. Je me disais que cela devait être le baby blues et que ça passerait. Quand j’en parlais à mes copines, elles me rassuraient en me disant que c’était normal et que ça passerait. Je n’ai jamais osé dire à qui que ce soit les pulsions « meurtrières » que j’avais déjà eues. Evidemment, jamais je ne serais passée à l’acte ! Mais le simple fait d’y penser me perturbait énormément et me plongeait dans une angoisse terrifiante.
Quand j’ai repris le boulot, ça a été un peu mieux. J’étais même ravie d’enfin retrouver une activité normale ! Mais l’angoisse me saisissait de nouveau quand je quittais le travail à l’idée de retrouver mon fils, mon rôle de maman. Et le fossé se creusait chaque jour un peu plus entre mon enfant et moi. Jérôme était fou de son fils, arrivait toujours à le calmer ou à le faire rire et moi, non.
Aujourd’hui, mon fils a 23 mois et mes sentiments sont toujours aussi mitigés à son égard. Je suis contente qu’il aille bien, que ce soit un beau petit garçon, je le trouve adorable quand il me fait un câlin spontanément ou qu’il me sourit avec sa petite fossette. Mais à côté de ça, j’ai du mal à ressentir pour lui cette fierté de maman, cet amour irrationnel et sans limite que je devrais normalement ressentir. Je ne parle pas de lui à mes amies comme elles, elles parlent de leurs enfants ! Et je culpabilise toujours. J’ai l’impression que toute ma joie de vivre s’est envolée depuis sa naissance et que je fais juste semblant. Semblant aux yeux de tous d’être une heureuse maman alors que je ne ressens que de la tristesse de ne pas aimer mon fils comme je le devrais.
Mon fils ne manque de rien et pourtant je suis une mauvaise mère. Je voudrais tellement revenir à l’époque où Jérôme et moi étions juste tous les deux ! Depuis quelques temps, Jérôme me parle d’avoir un deuxième enfant. C’est hors de question pour moi, plus question de vivre ce calvaire à nouveau ! Mais je n’arrive pas à l’expliquer à mon mari et l’idée qu’il y ait des tensions entre nous m’est insupportable. Je me sens encore plus stressée du coup et ne sais plus que faire…
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