La perte d'un enfant

Les différentes formes de perte périnatale ont de nombreux traits communs. Toutefois, chaque type de perte présente, du fait de son caractère particulier, un impact spécifique. Nous les détaillons, tour à tour, dans les articles suivants, pour l'interruption médicale de grossesse (ou IMG), la fausse couche, la mort {in utero} et la mort néonatale.


La perte d'un enfant

L'interruption médicale de grossesse

Parfois, face à des malformations fœtales, les parents doivent faire le douloureux choix entre l'interruption de la grossesse ou sa continuation.

Les parents se font alors toutes sortes d'idées sur les origines et les causes des malformations fœtales, sur l'hérédité, sur l'anormalité, ce qui provoque chez eux confusion et inquiétudes, ainsi que des réactions de culpabilité et de honte excessives, voire même des réactions de répugnance et de déni.

Contrairement aux avortements à indications psychosociales, les interruptions médicales de grossesse (IMG) mettent un terme à des grossesses qui sont désirées et qui ont été précédées d'une période d'angoisse intense à l'occasion des examens périnatales. Il existe dès lors de nombreux risques de deuil compliqué, ou de lourdes séquelles psychologiques.

Pour ce type de perte périnatale, la résolution du deuil est compliquée par une perte de l'estime de soi biologique. En effet, la procréation d'un enfant mal formé est toujours perçue comme un échec de reproduction. La honte et le sentiment d'échec qui en découlent entraînent souvent des sentiments d'infériorité, ce qui n'est pas pour faciliter la résolution du deuil. On retrouve également une perte de l'estime de soi morale, car il y a eu confrontation avec le sens moral des parents lors de la décision sur la préservation ou la suppression de la vie. La décision d'interrompre la grossesse a fréquemment interféré dans les croyances que la personne avait jusqu'alors sur le bien et le mal. Les sentiments de honte et de responsabilité se retrouvent d'ailleurs chez beaucoup de mères. Une perte de l'estime de soi sociale est également observée chez ces parents. En effet, de nombreux couples se retrouvent socialement isolés. Cet isolement est accentué par le fait que le deuil est compliqué de problèmes d'hérédité, d'anormalité et d'avortement, ce qui a tendance à faire fuir l'entourage. Or, on sait que le travail de deuil peut échouer si l'événement et ses séquelles ne sont pas partagées avec l'entourage !

La fausse couche

Pour ce type de perte périnatale, il n'y a aucune reconnaissance sociale du deuil. Beaucoup de gens, y compris les médecins, sous-estiment la fausse couche, ils ignorent souvent la profondeur de l'attachement qu'il y avait déjà entre la mère et le fœtus. Cela fait augmenter les risques de deuil compliqué.

La perte est ressentie par la mère comme une blessure narcissique et une atteinte au sens féminin de puissance et d'estime de soi. C'est pourquoi les sentiments d'échec, de honte et de culpabilité sont plus grands que dans les autres types de pertes périnatales. La dépression, les sentiments de colère et d'impuissance sont d'autres réactions psychologiques possibles à la fausse couche.

La mort in utero

Lorsque le décès est survenu in utero, la mère se situe dans un contexte particulièrement morbide, puisque celle-ci se transforme fantasmatiquement en cercueil.

La détresse maternelle est directement proportionnelle non seulement au désir d'enfant, mais encore à l'idée personnelle qu'elle se fait de la mort. Elle se trouve confrontée à une violente ambivalence entre la vie et la mort, non seulement celle de son fœtus, mais également la sienne. Rapidement, le fœtus est évacué de l'utérus de la mère. Ce qui fait que, ajouté à l'absence de funérailles, de tombe, et au silence du personnel et de l'entourage, la mère éprouve un sentiment d'irréalité.

La naissance d'un enfant mort-né devient ainsi un non-évènement, qui est source de confusion totale dans l'esprit de la mère.

La mort néonatale

La mort néonatale est moins déroutante que l'accouchement d'un enfant mort-né. Il y a moins de risques de confusion dans l'esprit des parents, les sentiments d'échec peuvent être moins intenses car la mère a pu donner naissance à un enfant vivant, les parents ont préalablement vu et touché un bébé vivant. En fait, l'inscription au registre des naissances, les certificats de naissance et de mort, ainsi que les funérailles, font ressembler cette mort aux autres décès.

Le travail de deuil qui s'en suit est à rapprocher de celui qui se fait pour un autre décès. Les parents passent alors par les cinq étapes du deuil en général, à savoir, une phase de déni de la mort et d'isolation. Ensuite vient la phase de colère, d'irritabilité, dirigée vers la famille, le conjoint, le corps médical. Un appel aux forces surnaturelles, telles que Dieu ou le destin peut ensuite survenir chez les parents, en particulier la mère.

Les symptômes dépressifs viennent ensuite s'installer: soit la dépression est intériorisée et souvent accompagnée de culpabilité et d'auto-reproches, soit elle est verbalisée. Dans les deux cas, tristesse, larmes, inertie et apathie se retrouvent. Vient enfin la phase d'acceptation de la réalité de la mort, étape où la personne s'accommode de la réalité.

Carole Méhan, Psychologue.