Le déni de grossesse

Dérangeant, surprenant, le déni de grossesse concerne pourtant 600 à 1 800 femmes chaque année, selon l’Association française pour la reconnaissance du déni de grossesse. 


Le déni de grossesse

Etre enceinte sans le savoir, porter un enfant pendant 3 mois, 6 mois parfois neuf mois tout en ignorant cette vie qui se développe dans son propre corps : c’est le déni de grossesse qui choque les consciences et défrait de temps à autre la chronique médiatique.

Qu'est-ce que le déni de grossesse?

D’un point de vue médical, il se caractérise par le fait d’être enceinte sans en avoir conscience. C'est une pathologie qui semble impensable et dépasser la réalité pour tous ceux qui découvrent cette situation surprenante. Ce n'est ni un mensonge, ni un moyen d'échapper aux responsabilités civiles ou juridiques, il s'agit là d'une réelle affection psychiatrique qui conduit une femme à occulter le fait d'être enceinte.

Ses causes sont donc diverses, mais sont essentiellement mentales : ce sont des mécanismes mentaux qui conduisent au déni de grossesse, et ces derniers sont encore mal connus. Beaucoup de femmes savent, sans vouloir l'admettre, et parviennent incnsciemment à "faire oublier" à leur corps qu'il porte un bébé. 

Aucun symptôme de grossesse

La psyché bloque alors toute manifestation extérieure de cette grossesse : aucun des symptômes qui accompagnent généralement une grossesse ne se manifeste. Les femmes victimes de déni de grossesse ont leurs règles, ne grossissent pas ou très peu, ne sentent pas leur bébé bouger...

Le corps cache la grossesse et s'adapte pour la dissimuler : le fœtus va se développer le long de la colonne, il se positionnera en siège pour prendre moins de place, les muscles de l’abdomen ne se relâcheront pas, l’utérus grossira de façon différente... Si le corps évolue malgré tout, ces modifications sont interprétées différemment : quelques kilos en trop seront mis sur le compte d’un excès alimentaire, des douleurs abdominales seront vécues comme des difficultés digestives…

Le déni de grossesse se distingue des grossesses cachées qui sont dissimulées à l’entourage et des grossesses nerveuses qui surviennent chez les femmes, qui, persuadées d’être enceintes alors que ce n’est pas le cas, développent les symptômes d’une grossesse.

Le déni de grossesse total ou partiel

Le déni de grossesse peut être total. La grossesse est alors niée pendant neuf mois : la réalité s’impose à la mère et à son entourage lors du début du travail. C’est au moment de la naissance du bébé que ces femmes découvrent qu’elles vont être maman. Le choc est bien sûr immense pour elles mais aussi pour leur entourage qui n’ont pas décelé cette grossesse. Un accompagnement psychologique est nécessaire pour aider ces mamans à endosser leur nouveau rôle.

Le déni de grossesse peut également être partiel : il concerne les grossesses découvertes entre la 20ème semaine et le terme. La grossesse est alors annoncée lors d’une visite médicale motivée par une banale raison : maux de ventre, fatigue… Le médecin découvre la grossesse lors de la consultation et l’annonce à sa patiente alors qu’elle est déjà enceinte depuis plusieurs mois.

Des risques pour la mère et le bébé

Outre les conséquences psychologiques importantes qu’il engendre, le déni de grossesse fait courir un risque pour la mère et l’enfant. Le suivi médical de la grossesse n’étant assuré, des complications peuvent survenir et l’accouchement peut être d’autant plus difficile qu’il n’est pas prévu. Le risque est également que la mère rejette cet enfant qu’elle n’attendait pas consciemment. Mais dans l’immense majorité des cas, la naissance se déroule sans problème et lien mère-enfant finit par se créer.

Un mystère complet

Il faut savoir que le déni de grossesse ne cible pas plus une catégorie de la population féminine qu’une autre, ou seulement les femmes jeunes. Il n'a pas d'explications "sociales": le déni de grossesse touche tout autant les femmes issues des milieux socio-culturels élevés que celles issues des milieux très défavorisés. Couches sociales et niveaux d'éducation ne sont donc pas discriminants. Il n'est pas non plus une conséquences de la méconnaissance de son corps : certaines femmes, déjà mamans plusieurs fois, en sont aussi victimes. Il est encore difficile d’entre comprendre les causes. Il est également faux de penser que cela ne touche que les femmes qui n'ont jamais eu d'enfants auparavant. Une étude française avait permis de montrer que 50% des femmes sujettes au déni de grossesse étaient déjà mère d'un ou de plusieurs enfants. Les femmes victimes d'un déni de grossesse ne savent pas qu'elles sont enceintes. Il n'est pas un mensonge délibéré mais bien un mécanisme inconscient d'évitement d'un stress psychique. Ce qui est vrai par contre est que le corps peut ne présenter aucun signe de grossesse. 

Une stratégie de défense

Pour les spécialistes, cette pathologie s'apparente à une puissante stratégie de défense, une protection inconsciente contre un drame supposé, qu'il soit social, psychologique ou les deux. En d'autres termes, les femmes victimes d'un déni de grossesse sont toutes en grande souffrance psychologique. Le corps de la femme entre littéralement en résistance. Cela explique que pratiquement aucun signe physique caractéristique de l'état de grossesse ne sont perceptibles. En cas de déni  partiel, dès l'instant où l'état de grossesse est détecté et reconnu par la maman, les résistances du corps cèdent et en quelques jours le ventre s'arrondit et les marques habituelles de la grossesse apparaissent.