Douleur de l'accouchement : l'histoire de sa gestion

La douleur pendant l'accouchement est présente depuis les origines de l'histoire : depuis toujours les hommes et les femmes ont tenté de la maîtriser.


Douleur de l'accouchement : l'histoire de sa gestion

L'analgésie

en obstétrique a des racines très anciennes. Dans un passé très lointain, on tentait déjà de soulager les douleurs dues à l'entrée en travail de la femme et à l'accouchement, en employant les substances les plus diverses, les textes chinois anciens parlent de l'usage des opiacés, tandis qu'en Europe, les femmes s'en remettaient à des potions à base de mandragore, de chanvre, de pavot et de ciguë. Dans la pièce de Plaute “Amphitryon”, Jupiter récompense la femme d'Amphitryon en lui concédant d'accoucher sans douleur pendant la nuit.

Avec l'avènement du Christianisme, la douleur devient un moyen d'obtenir la “Grâce Divine” ; la douleur de l'accouchement est donc considérée comme quelque chose de nécessaire, faisant partie de l'accouchement. Ce concept n'était pas seulement affirmé par le Christianisme mais aussi par toutes les religions orientales et par le monde occidental. À partir du Moyen Âge, la douleur due à l'entrée en travail est considérée comme juste en tant que punition divine. Cela marque de manière importante la pensée occidentale et toute tentative soulageant une telle douleur représente un grave péché, si bien qu'en 1591 une femme d'Édimbourg, Eufranie mac Alyane, est brûlée vive pour avoir avalé un remède mystérieux comme analgésique pendant le travail de l'accouchement.

L'ère de l'anesthésie moderne en obstétrique commence en 1847, quand James Young Simpson et Walter Channing publient leur étude sur l'utilisation du diéthyléther pendant le travail de l'accouchement. Il s'agit d'une étude révolutionnaire, non seulement pour la médecine mais aussi pour toute la culture occidentale car elle mine certains préjugés cardinaux. Les milieux conservateurs et cléricaux se soulèvent indignés mais Simpson, qui est un fervent catholique, réplique en citant un extrait tiré de la genèse dans lequel on raconte comment Adam fut anesthésié pendant la naissance de Ève :

Le Seigneur Dieu fit tomber un profond sommeil sur Adam, qui s'endormit. Et pendant qu'il dormait, Dieu prit une de ses côtes et forma de nouveau la chair à sa place. Et le Seigneur Dieu, une fois qu'il eut enlevé la côte à Adam, créa la femme ... (Genèse, 2:21,22)

Dans la même période, au St. Bartholomiew Hospital de Londres, Skey et Tracey exécutent une césarienne sous anesthésie étheréenne, faisant naître une petite fille en excellente condition, tandis que Simpson expérimentait avec succès l'analgésie au chloroforme pendant l'accouchement. En 1853, John Snow soumit à cette même méthode la reine Victoria lors de la naissance du prince Léopold, la répétant quatre années plus tard à la naissance de la princesse Béatrice.

À partir de ce moment l'intérêt public et scientifique dans ce camp va se diffuser. En 1885, Cornig réalise la première l'anesthésie épidurale, en partant de l'hypothèse qu'un médicament injecté dans le canal vertébral puisse être absorbé par les veines intervertébrales et être donc transporté à la moelle épinière.

Le premier qui utilisa avec succès les techniques d'analgésie loco-régionale en obstétrique, fut Soeckel en 1909. Mais c'est Aburel, en 1931, qui va codifier la technique de l'analgésie épidurale continue pendant le travail de l'accouchement. Ensuite, de nombreuses études furent accomplies non seulement sur les techniques de l'anesthésie mais aussi sur les mécanismes de la douleur pendant le déroulement du travail et de l'accouchement. La technique d'analgésie épidurale lombaire continue, sur laquelle se base la pratique de l'anesthésie moderne, sera mise au point entre les années 40 et les années 50 par Dogliotti, Flowers et Bonica.

Malheureusement cette branche de la médecine rencontra encore de fortes résistances culturelles et la malédiction de Dieu rapportée dans la Genèse était encore invoquée dans les milieux conservateurs. Les polémiques étaient tellement violentes qu'en 1956 le Pape Pie XII, lui-même, dut intervenir, déclarant que l'Église ne s'opposait point à la prévention de la douleur pendant le travail et l'accouchement.

Dès les années 60 on assista à une évolution technique et pharmacologique rapide de l'analgésie épidurale, qui en facilita la diffusion dans les pays anglo-saxons d'abord et dans le reste de l'Europe plus tard.

Actuellement l'anesthésiologie moderne offre à la femme la possibilité de contrôler sa propre douleur pendant le travail et l'accouchement par l'intermédiaire de l'analgésie épidurale, consentant en même temps un accouchement naturel et spontané.