Les enfants face à la séparation parentale (I)

Le divorce, la séparation sont des ruptures de la vie conjugale de plus en plus fréquents. Comment les bébés vivent cette situation ?

Les enfants face à la séparation parentale (I)

Vous êtes concernés par le divorce ? Vous êtes loin d'être les seuls. Les conflits conjugaux n'ont rien de très nouveau mais ils sont de plus en plus souvent suivis d'un divorce. L'ampleur statistique du phénomène en fait aujourd'hui un problème de société.

Très tôt, les enfants découvrent que plusieurs de leurs copains d'école ont aussi des parents divorcés (1 enfant sur 3). Ils en parlent facilement entre eux et l'intègrent dans leurs jeux. Leurs déclarations d'amour en sont empreintes : “amour-pour-toujours-sans-divorce”.

Il est important de signaler qu'il n'existe pas une seule, mais dix, cent façons de vivre le divorce. Chaque approche doit être singulière et s'appuyer sur l'histoire familiale de l'enfant. L'évolution de l'enfant influence la perception de la séparation parentale et ses réactions à l'événement, ainsi que les traces qu'il risque de garder.

Tous les auteurs qui ont écrit sur ce thème sont unanimes pour reconnaître que le facteur traumatique du divorce doit être évoqué en fonction de l'âge de l'enfant, de son stade de développement et des conflits psychiques liés à cette période de sa vie.

Le nourrisson.

Le bébé découvre son environnement à partir des sensations physiques et émotionnelles qu'il ressent dès la naissance. Il ne se perçoit pas comme différencié de sa mère qui constitue tout son univers. Ses relations s'organisent autour de l'alimentation et de la bouche (“stade oral”).

Il est difficile, à ce stade, de se représenter l'impact de la séparation parentale. On assiste, en général, à un renforcement de la relation mère-enfant avec une certaine difficulté à créer une relation affective suffisante du père avec le bébé. C'est à travers la mère et ses sentiments que l'approche et la compréhension des attitudes du bébé doivent se faire.

De 6 à 9 mois, l'enfant gère mal l'absence de sa mère et les longues séparations, comme celles parfois ordonnées par la justice, sont à proscrire car il y a un risque important de sentiment d'abandon.

C'est par l'absence physique du père que le nourrisson découvre la séparation parentale, il le recherche puis s'accommode de la situation quand il constate que cette recherche est vaine. L'important à cette époque, c'est la régularité de sa vie et la permanence de ses repères. Dès lors, les changements doivent se faire doucement, de façon à lui permette d'anticiper l'arrivée de cet événement concret.

Le nourrisson est également très sensible à l'état psychique de ses parents qui, à cette période, présentent souvent un état dépressif ou anxieux qui perturbe leur disponibilité vis-à-vis de l'enfant. Le nourrisson peut avoir des difficultés à comprendre les raisons de ce trouble qu'il perçoit sans réussir à lui donner un sens. Il peut alors réagir par un comportement agité qui paraît incohérent aux adultes (par exemple, pleurs inexpliqués pendant les nuits). La moindre rupture dans la stabilité de sa vie ravive son angoisse. Passé un an, l'agressivité est fréquente (morsures). L'acquisition de la parole pourra l'aider à exprimer sa souffrance et faciliter l'aide que les adultes se doivent de lui apporter.

L'enfant entre deux et trois ans.

Cette période est marquée par le début du langage et l'acquisition de la propreté. Des difficultés dans leur mise en place doivent alerter les adultes. Le contrôle de la propreté fécale est une étape tellement décisive que les psychanalystes lui ont donné le nom de "stade anal" à cette période. L'enfant découvre son corps et accroît son autonomie, mais il est partagé entre l'envie de grandir et le désir de rester bébé.

La séparation parentale peut perturber le développement psychomoteur du jeune enfant en diminuant son envie et sa capacité à franchir de nouvelles étapes. On constate fréquemment des colères et une régression de sa maîtrise corporelle récemment acquise, qui sont autant de signaux adressés aux parents. Pour faire cesser ces manifestations il faut que les parents réussissent à lui faire comprendre la situation tout en le rassurant. Le début du langage facilitera l'opération, sauf si l'enfant se replie sur ses modes de communication antérieurs. Cette attitude n'est pas forcément pathologique mais les parents doivent s'interroger sur sa signification.

Il peut également y avoir des perturbations au niveau du sommeil (cauchemars, insomnie), de l'alimentation, de sa capacité à manifester de la joie, ainsi que des symptômes somatiques (maux de tête, de ventre, vomissements, douleurs diverses).

Malgré le fait que l'enfant ne soit pas séparé de sa mère (dans la plupart des cas), on observe des caractéristiques qui sont proches du syndrome de séparation précoce avec l'objet d'amour. L'enfant réagirait en fait à une modification de la “qualité soignante” de sa mère, liée aux problèmes dus à la mésentente du couple. La mère reporterait inconsciemment sa rancune et son ressentiment sur le lien d'attachement entretenu avec son enfant. Cette situation suscite chez l'enfant un sentiment d'abandon et de menace. De plus, comme plus un enfant est jeune, plus il est égocentrique, il ramène à lui le nœud du conflit conjugal et se sent responsable. Donc, aux angoisses d'abandon, peut s'ajouter un sentiment de culpabilité.

Carole Méan, Psychologue.